La Casamaures : une escapade orientaliste… à Grenoble

Point n’est besoin de partir loin pour se dépayser. Parfois, tout près de chez soi, un lieu insolite propose une surprenante et agréable échappée, une évasion exotique. Construction atypique dans nos contrées préalpines, la Casamaures est l’un d’entre eux. Avec elle, l’Orient s’est installé sur les rives de l’Isère, aux portes de Grenoble.
C’est un homme du XIXème siècle, le grenoblois Joseph Jullien dit Cochard, qui accomplit cette merveille et c’est une femme du XXème, la grenobloise Christiane Guichard, qui, depuis quarante ans, oeuvre assidûment et passionnément à la perpétuer. Grâce à eux, nous pouvons voyager à la fois dans l’espace et le temps sans emprunter ni le train, ni l’avion. Et le ravissement est au rendez-vous. Alors pourquoi s’en priver ?

Images Buissonnières Production n’est pas passée à côté de cette opportunité…. même si en utilisant ses drones DJI Mavic elle a tout de même recouru à des aéronefs…. Mais le résultat en vaut la peine. Jugez par vous-même en visitant virtuellement ce petit palais néo-mauresque construit sur le rocher de St Martin le Vinoux.

L’histoire – De la villa Les Magnolias à la Casamaures ou de Joseph Cochard à Christiane Guichard

La “folie” du grenoblois Joseph Jullien dit Cochard

Propriétaire rentier à la suite de spéculations immobilières, le grenoblois Joseph Jullien dit Cochard a 52 ans lorsqu’il acquiert en 1855 un terrain situé à St Martin le Vinoux, près de l’actuelle entrée nord de Grenoble. Lui et son épouse souhaitent y construire une maison de campagne. La construction de la villa Les Magnolias débute fin janvier 1855, de même que la création d’un jardin exotique avec glacière, fontaines et sculptures et la reconstruction d’une maison de jardinier datant du XVIIIème siècle. Le jardin en terrasse existant est quant à lui consolidé. En 1867, les travaux semblent achevés. Mais en 1878, Cochard est ruiné par sa “folie” et contraint de la céder à son créancier.

De la splendeur à la ruine

Par la suite, passant de mains en mains, (treize propriétaires au total), la propriété va connaître le morcellement, puis l’abandon. Elle sera soumise aux dégradations du temps, des intempéries, de la guerre, des clochards, reconvertie pour partie en bureaux et logements ouvriers, amputée d’une grande part de son parc.

En 1981, son propriétaire veut raser la bâtisse quasiment en ruine, le terrain est la cible des promoteurs. Alors âgée de 29 ans, l’artiste Christiane Guichard acquiert le bâtiment (environ 880 m2), s’y installe et le renomme Casa more/Casamaures. Débute alors l’œuvre de sa vie : sauver la propriété de l’oubli et de la ruine, la restaurer, lui redonner sa splendeur initiale et y accueillir des artistes.

L’édifice et ses jardins – Un rêve d’Orient

Une position dominante en surplomb de l’Isère

La propriété se situe sur le rocher de St Martin le Vinoux, au pied du mont Jalla, contrefort méridional du massif de Chartreuse. Elle est établie tout près des fortifications de la Bastille, le long de la route qui mène à Lyon. L’édifice s’étage sur quatre niveaux, terrasses successives en belvédère au-dessus de l’Isère. Une orangerie occupe le premier niveau, l’habitation en elle-même est construite sur la terrasse la plus haute et comporte deux étages.

Le petit palais oriental

De style néo-mauresque, la Casamaures témoigne de l’engouement des Européens de son époque pour les cultures orientales.
Trois de ses façades sont abondamment ouvragées. Elles se caractérisent par 52 colonnes à chapiteaux en forme de bulbe, à la fois porteuses et décoratives, 36 fenêtres hautes ornées de vitraux polychromes, autant de moucharabiehs en bois découpés. Des garde-corps en bois peints, des corniches, des architraves et des frises agrémentées d’arabesques complètent cette ornementation. Comme le souligne sa propriétaire, le bâtiment est une alternance de volumes pleins et d’ouvertures, de droites verticales et de courbes en arcades.
Les moulures de l’acrotère, les colonnes et toutes les arabesques sont rehaussées de peinture bleu-outremer.

A l’intérieur, alors que les vitraux filtrent harmonieusement la lumière, les peintures murales et les papiers peints ornés à la main confortent le cachet oriental du lieu. Un vaste et haut jardin d’hiver est directement accolé au côté nord-est de l’habitation et la prolonge. Sa façade rappelle celle des maisons en bois stambouliotes construites sur les rives du Bosphore et nommées yalis.

Les jardins : l’exotisme avant tout

Jadis, le parc occupait une superficie de 6 500 m2 descendant en terrasses jusqu’aux abords de l’Isère. Agrémenté de bassins, de fontaines, de statues, il était divisé en deux parties : le verger et l’arboretum. Le jardin d’ornement accueillait des plantes méridionales et tropicales : agrumes, palmiers, bananiers.
Devenue propriétaire des lieux en 1952, l’entreprise Le Bon Lait détruisit l’arboretum et les trois bassins pour construire des entrepôts et un parking.
Le dernier témoin de la splendeur du parc est un magnolia installé sur l’une des terrasses de la villa. Bien plus que centenaire, il a reçu en 2007 le label Arbre remarquable de France.

La valeur patrimoniale – Un chef d’oeuvre protégé à plusieurs titres

Originale par son style architectural, la Casamaures l’est aussi par sa technique de construction novatrice pour l’époque : une préfabrication en ciment moulé. Le recours au bleu outremer artificiel pour ses façades est une autre caractéristique remarquable.
Cette richesse patrimoniale lui a valu d’obtenir en 1986 un classement en tant que monument historique.

L’or gris : une révolution technique

A l’époque de la construction de La Casamaures, la technique du ciment naturel prompt moulé se répand. Cette innovation permet d’imiter la pierre à moindre coût et de pratiquer des moulages en série. Il devient donc possible d’orner abondamment les façades des bâtiments sans se ruiner. C’est le début de l’engouement pour ce qu’on appellera “l’or gris”. L’essor de cette “pierre factice” est d’autant plus important à Grenoble qu’en 1842 la première cimenterie de l’Isère -la Cimenterie de la Porte de France– a ouvert tout près du terrain de la future villa Les Magnolias. Elle exploite là un exceptionnel gisement de ciment prompt découvert en 1827 sous le mont Jalla.

Si en l’état actuel des recherches, l’architecte de la Casamaures reste inconnu, on sait que tous les éléments en ciment des trois façades : colonnades, arcs outrepassés, encadrements des baies et arabesques, furent moulés et donc préfabriqués chez un Milly-Brionnet, un entrepreneur grenoblois spécialisé dans l’or gris.

Le bleu outremer artificiel : l’invention de Guimet

En 1827, le chimiste voironnais Jean-Baptiste Guimet met au point la synthèse du bleu outremer artificiel. Cette invention permet de ne plus recourir au très onéreux broyage d’une pierre fine : le lapis lazuli. Du plus cher du marché, le pigment bleu outremer devient grâce à cette synthèse le moins coûteux.
Cochard a judicieusement utilisé le bleu Guimet pour souligner l’ornementation des façades de sa folie. Ce choix esthétique contribue à renforcer le caractère exotique de l’architecture, à accentuer la singularité orientale de la villa.

De nos jours – Lieu de vie et centre culturel

Patrimoine vivant, la Casamaures accueille plusieurs activités culturelles.

Protection et réhabilitation du monument

Depuis quarante ans, les chantiers de restauration se sont succédé. La Casamaures a retrouvé une partie de son éclat tout en acquérant de la notoriété. Elle est devenue une référence patrimoniale et touristique de la région grenobloise. Cependant, pour sa propriétaire “il reste tant à faire pour faire perdurer la maison de Joseph Jullien Cochard” (1). Actuellement, la Casamaures occupe 1 578 m2 du terrain d’origine. Presque 6 000 m2 de l’ancien parc sont en friche et à réhabiliter. Le dernier chantier achevé en mars 2021 est celui des baies vitrées du jardin d’hiver, soutenu par le Loto du patrimoine.

La vie culturelle

A la Casamaures, siègent trois associations : Casamaures d’hier et d’aujourd’hui (valorisation culturelle du monument et de l’ancien parc du XIXème), L’Atelier Tournesol (sauvegarde, restauration et création de cadrans solaires) et Le Tilleul de Sully.
Par ailleurs, la Casamaures accueille régulièrement des spectacles vivants, des expositions temporaires et, de façon permanente, des sculptures.

(1) – L’Essor du 29 juillet 2021 – La Casamaures, la nouvelle vie du jardin d’hiver.

Les sources qui ont servi à la rédaction de cet article

Le site de la Casamaures
Chez Wikipedia : La CasamauresCiment naturel prompt.
Dans la presse : Casamaures ou le palais de l’or gris. – Le second souffle de la CasamauresCasamaures, la nouvelle vie du jardin d’hiver –  Isère Annuaire.com L’or gris grenoblois fête ses 200 ansL’or gris de Grenoble  – Les carrières de ciments en France

 

Rédaction : Christiane Roulet – Images Buissonnières Production – Août 2021.

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